Esther Cox : la femme qu'une entité avait promis de tuer (Amherst, 1878)

Esther Cox : la femme qu'une entité avait promis de tuer (Amherst, 1878)

Max Dionne

Amherst, Nouvelle-Écosse. Septembre 1878. Dans une petite maison de la rue Princess, une jeune femme de 19 ans se réveille en hurlant. Sous les yeux de sa famille terrifiée, son corps se met à enfler — littéralement — comme si quelque chose à l'intérieur cherchait à sortir. Puis des coups sourds ébranlent les murs. Et quelques nuits plus tard, au-dessus de son lit, des lettres profondes apparaissent, gravées dans le plâtre par une main invisible : « Esther Cox, tu es à moi. Je vais te tuer. »

Ce qui suit deviendra le cas de poltergeist le plus documenté de l'histoire du Canada.

Une maison ordinaire, une nuit qui bascule

Esther Cox vit chez sa sœur Olive et son beau-frière Daniel Teed, un contremaître de manufacture, dans un foyer modeste et bondé d'Amherst. Rien ne la prédestine à la légende. Mais quelques semaines avant les premiers phénomènes, un événement traumatique frappe la jeune femme : un prétendant, Bob McNeal, l'entraîne en buggée à l'extérieur de la ville et la menace d'un pistolet. Esther en réchappe, bouleversée. McNeal fuit la région. Et c'est peu après que la maison commence à se dérégler.

D'abord des bruissements sous le lit. Puis les gonflements inexplicables du corps d'Esther, accompagnés de détonations qui semblent venir de nulle part. Le médecin de famille, le Dr Carritte, assiste lui-même à des scènes qu'il n'arrivera jamais à expliquer : des draps qui volent, des coups frappés dans les murs en sa présence, et cette inscription menaçante apparue dans le plâtre.

L'escalade

Les mois passent et le phénomène s'intensifie. Des objets traversent les pièces. Des allumettes enflammées tombent du plafond, déclenchant de petits incendies que la famille éteint dans la panique — dans une maison de bois, en plein 19e siècle, c'est une condamnation à mort en puissance. L'entité, car la famille finit par la traiter comme telle, semble suivre Esther partout. Quand on l'envoie vivre ailleurs pour protéger la maisonnée, les phénomènes la suivent.

L'affaire fait grand bruit dans les Maritimes. Les curieux se pressent devant la maison des Teed. Et c'est là qu'entre en scène un personnage improbable : Walter Hubbell, un acteur américain flairant la bonne histoire. Il s'installe carrément dans la maison en 1879, carnet en main, décidé à démasquer la supercherie.

Il n'en démasquera aucune. Hubbell affirmera avoir vu son propre parapluie voler à travers la pièce, des chaises se renverser seules et des objets le viser directement. Son récit, publié sous le titre The Great Amherst Mystery, devient un best-seller et fixe le cas dans l'histoire.

Le procès et la fin étrange

La conclusion de l'affaire est peut-être son chapitre le plus cruel. En 1879, la grange d'un voisin chez qui Esther travaillait prend feu. On accuse la jeune femme — qui d'autre ? — et elle est condamnée à quatre mois de prison pour incendie criminel. Elle en purgera un seul, l'indignation populaire aidant.

Et puis, comme si la prison avait rompu un charme, les phénomènes cessent. Complètement. Esther Cox se marie, déménage, élève des enfants et meurt en 1912 sans que la « chose » d'Amherst ne se manifeste à nouveau.

Ce qui reste

Les sceptiques pointent vers Esther elle-même : un traumatisme, une famille étouffante, une jeune femme au centre de toutes les attentions. C'est plausible. Mais il reste les témoins — un médecin, un pasteur, un enquêteur venu pour débusquer la fraude — qui tous ont juré avoir vu des choses impossibles. Il reste une inscription dans un mur. Et il reste une question, presque 150 ans plus tard : qu'est-ce qui, exactement, voulait tuer Esther Cox ?


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