Granger Taylor : l'inventeur parti « 42 mois » à bord d'un vaisseau extraterrestre — jamais revenu

Granger Taylor : l'inventeur parti « 42 mois » à bord d'un vaisseau extraterrestre — jamais revenu

Max Dionne

Duncan, Colombie-Britannique. 29 novembre 1980. Une tempête d'une rare violence s'abat sur l'île de Vancouver. Les vents arrachent les toitures, les routes sont coupées. Quelque part dans cette nuit noire, un pick-up Datsun quitte une ferme familiale. Au volant : Granger Taylor, 32 ans. Sur la table de la cuisine, il a laissé une note pour ses parents. Elle commence par ces mots : il s'en va à bord d'un vaisseau extraterrestre, pour un voyage interstellaire d'une durée de 42 mois.

Au verso de la note, il a rédigé son testament.

Personne ne le reverra jamais vivant.

Un génie qui ne cadrait nulle part

Pour comprendre cette nuit-là, il faut remonter en arrière. Granger Taylor n'était pas un rêveur ordinaire. C'était un prodige de la mécanique, le genre d'esprit qui semble comprendre les machines de l'intérieur. Il quitte l'école en huitième année — le système scolaire n'a tout simplement rien à lui offrir. À quatorze ans, il reconstruit seul un bulldozer que tout le monde croyait bon pour la ferraille.

Et il ne s'arrête pas là. Au fil des années, il restaure une locomotive à vapeur abandonnée. Puis il accomplit quelque chose que des équipes entières de musées peinent à réussir : il reconstruit un avion de chasse P-40 Kitty Hawk de la Seconde Guerre mondiale, pièce par pièce. La machine finira exposée dans une collection. Dans la région de Duncan, tout le monde connaît Granger : un colosse doux, généreux, un peu à part, qui parle aux machines mieux qu'aux gens.

La soucoupe dans la cour

C'est au milieu des années 1970 que son obsession prend une nouvelle forme. Granger se met en tête de comprendre comment volent les ovnis. Pas de manière abstraite : en ingénieur. Quelle source d'énergie ? Quel principe de propulsion ? Les équations ne fonctionnent pas, et cela le ronge.

Alors il fait ce qu'il a toujours fait : il construit. À partir de deux antennes paraboliques assemblées, il érige dans la cour familiale une véritable soucoupe volante. À l'intérieur : un poêle à bois, un sofa, une télévision. Ce n'est pas un décor. C'est un habitacle. Granger y passe des heures, puis des nuits entières. Il y dort, il y réfléchit, il y attend.

Car voici le détail qui fait basculer l'histoire : Granger confie à ses proches qu'il reçoit des communications télépathiques. Des entités venues d'ailleurs lui parleraient pendant son sommeil. Elles répondraient à ses questions sur la propulsion. Et elles lui auraient proposé quelque chose : un voyage.

La nuit du 29 novembre 1980

Ce soir-là, la météo annonce l'une des pires tempêtes de la décennie sur l'île de Vancouver. Granger soupe avec des amis dans un restaurant de la région, puis disparaît dans la nuit. Sur la table familiale, la note attend ses parents. Il y explique son départ : un vaisseau viendra le chercher, le voyage durera 42 mois, il reviendra ensuite. Il lègue tout ce qu'il possède.

Un homme pragmatique jusque dans l'irrationnel : on ne part pas explorer l'univers sans mettre ses affaires en ordre.

Les recherches s'organisent. Rien. Pas de camion, pas de traces, pas de témoin. Granger Taylor et son pick-up se sont volatilisés en pleine tempête. Les mois passent. Puis les années. Sa famille, elle, garde un œil sur le calendrier : 42 mois après novembre 1980, cela mène au printemps 1984. Une partie d'eux espère, presque malgré elle, le voir réapparaître à la date promise.

Le printemps 1984 passe. Personne ne frappe à la porte.

Le mont Prevost

Il faudra attendre 1986 pour qu'un début de réponse émerge — et elle ne ressemble à rien de ce que la famille espérait. Sur les flancs du mont Prevost, qui domine la vallée de la Cowichan, des travailleurs tombent sur les débris d'un véhicule pulvérisé. L'épave correspond au pick-up de Granger. Sur place, on retrouve aussi des fragments d'ossements.

L'explication officielle prend forme : Granger transportait de la dynamite, chose banale à l'époque pour dessoucher les terrains agricoles. Selon les enquêteurs, une charge massive aurait explosé cette nuit-là sur la montagne. L'affaire est classée : mort accidentelle ou geste volontaire, la question reste ouverte.

Ce qui ne s'explique toujours pas

Le dossier pourrait s'arrêter là. Mais plusieurs zones d'ombre continuent d'alimenter le mystère, quarante ans plus tard. Pourquoi un homme qui annonce un voyage de 42 mois — avec retour prévu — rédigerait-il un testament, sinon par prudence d'ingénieur ? Pourquoi choisir la pire tempête de la décennie pour monter sur une montagne avec des explosifs ? Et surtout : les fragments retrouvés en 1986 n'ont jamais permis une identification aussi complète que la famille l'aurait souhaité, ce qui laisse à certains proches un doute qu'ils n'ont jamais totalement refermé.

Granger Taylor croyait sincèrement qu'on l'attendait là-haut. Il l'a écrit noir sur blanc, testament à l'appui. Qu'il ait péri dans une explosion sur le mont Prevost ou qu'il soit, comme il le pensait, monté à bord de quelque chose cette nuit-là, une certitude demeure : le 29 novembre 1980, dans le vacarme d'une tempête, un homme est parti à son rendez-vous. Et il n'en est jamais revenu.


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